27 juin 2006
INDE, Pondichery, Auroville, Gingee
Vestige d une epoque ou la France revait de se tailler un empire en Inde, les comptoirs commerciaux crees par Colbert connurent leur apogee sous Dupleix, gouverneur de la Compagnie des Indes de 1742 a 1754, qui parvint a etablir un veritable protectorat sur le sud Decan. Les anglais eurent tot fait de ruiner cette ambition coloniale. reduite a cinq confettis eparpilles a des centaines de kilometres les uns des autres - entre le Bengale (Chandernagor) le Kerala (Mahe), l Andra Pradesh(Yanaon) et leTamil Nadu (Pondichery et Karikal)- les possessions francaises vegeterent ensuitedans leur torpeur jusqu a ce que la France les restitue a l Inde en 1954. ... Vaisseau -amiral des anciens comptoirs, Pondi fleure un doux parfum de sous-prefecture sous les tropiques. Un charme desuet emane de la "ville blanche" comme on appelle ici l ancien quartier des francais qui ouvre sur le golfe du Bengale... A la fureur de l urbanisme chaotique de la "ville noire" , la "ville blanche" oppose le calme et l allure ordonnee de ses rues a angle droit, larges, propres, arborees, dont la plupart portent les noms francais (Francois Martin, Dumas, FR de la Bourdonnais, Suffren)... (extrait de grands reportages)... voila pour l histoire !
Vous l aurez compris, arriver a Pondichery, c est un peu quitter l Inde ou plutot decouvrir une autre Inde. Pondi est une ville paisible, le bord de mer est tres present et bien agreable avec les Indiens qui occupent la "croisette" le soir venu. C est pour nous aussi l occasion de redecouvrir les delices de la gastronomie francaise (pas mal de bons restau francais) mais apres deux ou trois gueuletons on realise que toutes ces calories ne sont pas adaptees a l athmosphere humide et chaude de la ville. On retourne bien vite au Thali et autres specialites indiennes plus legeres et plus interessantes pour le porte monnaie. On ne va pas bouder notre plaisir non plus, les enfants sont ravis de retrouver quelques reperes : jeux et jouets, steak frites et on peine a leur faire jouer l alternance repas indien / repas occidental.... heureusement ils trouvent reconfort aupres de Lydia qui leur concote quelques petits plats "special enfant".
Lydia est l amie d une amie, elle vit en Inde depuis quelques 17 ans, elle va s averer etre notre guide geographique et spirituelle dans cette Inde qu elle connait bien. Les enfants goutent d abord aux joies des jeux avec son fils Tigrish, ecoutent avec attention les histoires des dieux hindous et autres recits palpitants de ses diverses aventures dans l Himalaya, et a Calcutta ou elle vecu longtemps. " Lydia, et les loups" "Tigrish kidnappes par les Hanumans (singes) a Calcutta" ... il faut dire que Lydia est une artiste, elle peint entre autre des livres pour enfants... la fusion est immediate.
Pour nous c est aussi une belle rencontre et l occasion de decouvrir ses amis (Henri super cuistot et patissier a Auroville, Max, Celina et Desigan, Coeur-pur) de sortir, de boire des coups... de s amuser quoi ! Celina et Lydia sont des francaises en Inde mais pas des expats... rien avoir avec ces derniers qui en general connaissent assez mal le peuple et le pays dans lequel ils vivent, critiquent tout... La petite difference, c est qu elles sont mariees a des Indiens. On touche doucement a la realite des castes. Lydia a epouse un Bengali Brahmane (caste la plus elevee) alors que Desigan est un Dahlit Tamoul, l oppose total. Evidemment le fait d etre francaise les eloigne de cette realite et permet ces rencontres.
Desigan est sourd-muet et nous allons avoir l occasion d apprendre un minimum de signe pour communiquer. Les enfants adorent et s essaient a ce nouveau langage fascinant. Plein de decouvertes qui nous font passer un super sejour a Pondi alors que cette ville et la region sont somme-toute assez peu exitants.
On va donc trouver refuge dans la foret d Auroville, loin de l agitation des villes de plus en plus difficile a supporter avec la chaleur. Auroville c est une communaute, http://www.auroville.org/ un grand fantasme cree en 1968 par Sri Aurobindo. http://www.ire-miraditi.org/ire/sa.html On peut en penser ce que l on veut mais ca a au moins le merite d exister. On laisse decouvrir a ceux que ca branche !
Lydia nous trouve ce que l on appelle ici une capsule, a la Ponyfarm une cabane dans la foret, toit ouvert sur les etoiles et chauves-souris voletants au dessus de la moustiquaire au soir.
On se retrouve au milieu des poneys, chevaux, 7 chats, 6 chiens ... et un ane qui aime a finir les assiettes...
Les enfants prennent des lecons d equitation, mais attention, ici on monte a cru : pas de selle, pas de mors !
On en profite pour souffler un peu apres les differents trajets depuis la cote Keralaise jusqu ici ou nous avons enfin le temps de penser a ne plus rien faire: les cours des enfants nous manquent presque !!! et on se laisse aller a flaner le matin et l apres midi, a se dire que les dernieres semaines vont se derouler au rythme le plus calme du tour du monde, histoire de revenir beaux et bronzes et surtout pas trop maigrichons !!! Auroville a cette faculte d apaiser les esprits et d etre un miroir de chacun alors c est le temps de l introspection: les filles a travers tous les animaux de notre poney farm, Emile dans la musique et les grasses matinees et nous dans la tchatche de conclusion des points positifs (beaucoup) et negatifs (proches de zero). Grande explication de la vie et de la mort a l occasion de l achat d un poulet pour le diner: la gargotte qui les vend est une petite cahute en bois de 4 m carre et en fait ne vend que des betes vivantes . Alors on la choisit et quelques instants apres l avoir pese, le brave homme la pose au sol en tenant les ailes et ...hop un coup de couteau et la voila trepassee apres s etre videe de son sang. Hurlement des enfants qui decouvrent de visu que pour manger la viande, il faut d abord la tuer la bete!!! En deux mouvements la voila sur le billot pour etre decoupee a la maniere indienne puis mise dans un sac en plastique. Pendant le retour en mobylette a la maison, Faustine me fera tres justement remarquer que le sac est tout chaud... Madeleine ce soir la la jouera vegetarienne, Emile crie a l assassina, lui le gros mangeur de viande !!!
Les derniers bouquins sont lus et abandonnes et puis y a plus de librairies ou on peut se reapprovisionner alors l i-pod reprend serieusement du service !! Auroville est fait de toute nationalite (francaise et allemande apres les indiens) et on croise des allumes de la premiere vague toujours aussi utopistes aux opportunistes affairistes sans oublier les puristes qui meditent meditent et meditent encore...
Une ballade vers le fort de Gingee a quelques km de Pondichery est organise tous ensemble avec les amis de Lydia et la famille tour du monde. Desigan nous propose de faire la sortie sur 2 jours et de passer la nuit chez son ami Coeur-pur, sourd-muet lui aussi.
On decouvre le village ou nous allons passer la nuit ainsi que la famille qui nous accueille. Merveilleusement recu par un couple de personnes agees (les parents du meilleur copain de notre ami Desigan sourd-muet). On achete a la ville voisine de l eau et des vivres pour nous tous (on arrive a 10 !!) ainsi que de la nourriture pour la famille qui vit tres miserablement. La maison est de plein pied sans eau et les gens vivent a meme le sol avec comme unique mobilier des jarres dans lesquelles sont entasses des cereales diverse et des vivres basiques. Ils dorment a meme le sol sur des nattes de quelques mm d epaisseur, se lavent dans l arriere cour ou se trouve la cuisine (en fait un four en terre sur le sol ). Quant a la salle de bains, elle se resume a des canisses qui cachent un broc d eau et un savon. C est aussi la qu on y fait pipi, le reste c est dans le champ derriere l etable en faisant attention aux scorpions et aux serpents. Les enfants s y feront tres vite !! A notre arrivee, on decouvre que le pere est tres malade apres un accident des champs: bouscule par une vache et un taureau, il a des contusions du haut au bas du corps et des croutes partout. Remy sortira la pharmacie et sera intronise medecin du village l espace de quelques heures, la presence d un blanc dans le village etant synonyme de capacite a soigner. Il donnera un leger somnifere et un Nurofen au vieil homme qui passera sa premiere bonne nuit depuis plusieurs jours sans souffrir. Un revenant le matin qui gambade presque comme un cabri, si heureux depouvoir remarcher ! On en profitera pour laisser quelques cachets pour les jours a venir.
Avant la nuit, Emile et Madeleine montreront aux enfants un jeu ramene du Cambodge qui enchantent les plus sportifs
le diner sur les feuilles de bananier est un resume de la douceur et du piment indien, meme si pour notre venue ils ont beaucoup limite le piment... dommage
On se couchera tous dans l unique piece de la maison pour une nuit bien agitee par le bruit de quelques rats, les reveils de chacun qui se tourne puis se retourne sur le sol a la recherche d une meilleure position. Emile nous reveille tous en pleine nuit en hurlant "mais qu est ce que c est que cette chevre dans la piece?" En fait il a pris les cheveux roux de Lydia dans son sari blanc pour une chevre !! Tigrish se levera pour pipi et reviendra dans la piece le pied dans la m... et le matin arrive vers 4h30 quand la maitresse de maison balaie (sport prefere des indiennes) deja le couloir ou elle a dormi avec son fils (le mari etant sur le seul lit en corde dehors !!)
Malgre cette nuit un peu difficile et agitee, tout le monde est tres heureux d avoir passe cette soiree ensemble et l on se quitte apres avoir laisse au couple une lampe a pile, quelques medicaments et du spray anti moustique. On doit vite foncer vers le fort avant que le soleil ne tape trop fort.
concours de cris avec les sourds-muets !!!
La forteresse de Gingee n est pas un temple mais une place forte que les Mhogols puis les francais puis les anglais se sont appropries. Maintenant c est un endroit sacre pour les hindous et qui est un peu a l ecart des routes touristiques. Coeur-pur nous servira de guide et l on y passera d agreables heures pour finir par un bain tous ensemble, rejoint par notre chauffeur. Le retour sur Pondichery a 9 dans le taxi restera memorable !!! Vive les Ambassadors... tu peux toujours ajouter un passager !
L envie d une Inde plus profonde nous gagne depuis quelques jours. Par economie et parce que la mousson nous limite beaucoup sur les destinations nous n avons pas tente le petit saut dans le nord mais il est clair que l envie est tenace et on sait deja que l Inde nous reverra ...
15 juin 2006
INDE, Rameswaram
A peine arrive a Madurai, on s'est dit que l on n allait pas shunter la ville de Rameswaram a 4 h de route et que nous pouvions y passer quelques jours avant de monter vers le nord.
Rameswaram se trouve sur la cote du golfe du Bengale entre l ocean indien et la Thailande. Cette ville est tres connue des indiens pour le temple de Rama, etape incontournable des pelerinages indiens. On y vient en famille des quatre coins du pays pour s y faire benir dans des eaux sacrees du temple avant de plonger dans un dernier bain de mer tout aussi sacre. Rama serait passé de l'Inde au Sri Lanka par Rameswaram en traversant la mer par un pont de pierres créé par Hanuman. Rama allait liberer sa femme Sitha prisonniere sur l ile.
detail d uns des gopurams du temple
Le parcours dans le temple consiste en une benediction dans 22 bassins successifs d eau sacree, le nombre 22 representant le nombre de fleches contenues dans le carquois (carquois qu il utilisa pour faire venir de l eau sur l ile !!). On vous asperge d un seau d eau tout habille, en prononcant la phrase OM MAMA SHIVAIA. Nous sommes les seuls blancs dans la ville et nous hesiterons longuement avant de nous decider a nous faire benir. Mais poussés par les locaux et dans une ambiance joyeuse, nous passerons avec succes les 22 bains sacres, un peu grelotant dans la penombre du temple. Magie des prieres et des visages heureux !!
Une autre partie du pelerinage consiste a aller se reccueillir au bout de l ile a quelque 15 km des cotes sri-lankaises mais cela se merite ;1 h de route en rickshaw pour atteindre le petit village de Danushkodi puis l attente et la discussion avec les conducteurs des vieux camions censes emmener les pelerins a 5km de la par la plage. On est tout seul et ils veulent nous faire payer pour 20 alors on attend et on trouve un arrangement avec une famille du Kerala qui vient d arriver de la ville et qui nous accompagnera, eux aussi interesses par la negociation. On y gagnera un prix bien plus interessant !!! Le paysage au bout de l ile est epoustouflant, les deux plages bordant l ocean indien et le golfe du Bengale sublimes. Les enfants y voient une occasion unique de prendre le bain de l annee mais le regard un peu reprobateur des indiens les font reculer face a ces eaux sacrees.
Le contraste entre la plage de ville, remplie de detritus et de mendiants cherchant la moindre nourriture ou objet de valeur pour eux, et la plage sacree est saisissant alors que quelques centaines de metres les separent. On y trouve sur l une cochons de ville et sur l autre sable fin et dore avec chevre et corbeau de toute beaute !!!
On pourrait y passer des heures mais les proprios du camion ne semblent pas vraiment s interesser a l aspect religieux du pelerinage mais plus a la facon de faire de l argent au plus vite par des rotations de camions entre le village et le bout de l ile.
Mais il est temps de partir pour Pondichery et c est un train de nuit de 14h qui nous attend (en fait 18h car la loco cassera en milieu de nuit et il faudra reparer). Vive le TGV !!!
12 juin 2006
INDE, Madurai, ou la benediction de Shiva
Comme souvent en Inde, on est reveille tot, un klaxon, un marchand ambulant vantant ses services... Ce matin la, ce sont des cris differents qui m eveillent. Un coup d oeil a la fenetre et je decouvre d etranges processions. Des groupes de gens, des familles, accompagnent un homme en dhoti (pagne local), torse nu et serieusement bariole de couleurs. Il porte un pot sur la tete et son attention semble etre entierement vouee a cette tache.
On s interroge, le chauffeur d un rickshaw nous informe que c est la fete ... ??? et que l on devrait le laisser nous y emmener "ca va nous plaire, c est tres bien"
Il nous parle de couteaux, de 8 km de marche pour les pelerins et on comprend qu il va falloir negocier la course parce que 8km ... l essence, le retour... bref, on hesite. On se demande si ce n est pas encore une arnaque, les rickshaws sont les specialistes du genre. En attendant, on prend le temps du petit dej pour reflechir a sa proposition. On avait prevu de visiter les temples ... alors 8km.. c est loin ! On prend l avis du serveur du restau qui nous explique le fameux festival et nous le conseille.
Nous voila partis. Tres vite on voit bien qu il a dit vrai le bougre. Ca processionne beaucoup sur cette route. Des chars avec des hommes accroches par la peau du dos. Plus loin c en est un crible de pics,
la un autre dont la bouche est transpercee d une longue lame. Les voila les fameux couteaux dont il parlait ! On est bien au pays des fakirs.
Les gens offrent du lait, arrosent les marcheurs pour les rafraichir.
On ne peut vous raconter l hysterie a l arrivee au temple : imaginez ... 8km de marche sous le soleil, avec une broche dans la bouche, alors que vous jeunez depuis 8 jours.
C est en transe, a la limite de de la tetanie, de l evanouissement que ces hommes (quelques garcons aussi et parfois des femmes) arrivent au pied du temple soutenus par leurs proches et suivent un long parcours dans ce labyrinthe, se pressent dans des queues interminables pour enfin verser dans une grande jarre, le precieux lait de leur petit bidon en offrande aux dieux. Car c est la fete du lait.
On suit le flot, de statues en sanctuaires, de lieux d offrandes en lieux de prieres. Emportes par le mouvemement des pelerins, au milieu des cris et des transes canalises par une police bienveillante. La chaleur monte, il fait sombre. Seuls non-hindous dans ce capharnaum, on est fascine parfois un peu effraye, la foule se presse, nous guide aussi. Les enfants suffoquent un peu mais sont completement ahuris par le spectacle de tous cotes. Remy ne sait plus ou donner de l appareil photo. Total : 200 photos, il n est que 10h30 ! Le soleil tape, on rentre avec l impression d avoir vecu quelque chose de tres fort.
Sur la route, ca defile encore. On n a jamais autant ressenti ce milliard d Indiens bien que ce soit un sentiment permanent dans ce pays. Les Indiens sont nombreux, ca se voit, on le sent c'est quelque chose de tres reel a vivre.
Avec notre arrivee dans le Tamil Nadu (un des 28 ou 30 etats de l Inde), nous avons retrouve l'accablante chaleur. La mousson est plus tardive ici et on regrette deja les trombes d eau du Kerala.
Madurai est la plus ancienne et la plus sainte cite de cet etat. La ville abrite l'un des temples les plus connus du pays, chef d'oeuvre de l art Dravidien, le Sri Meenakshi Temple est un des sanctuaires les plus impressionnants de l'Inde avec ses 11 tours herissees de centaines de statues de divinites sculptees et de toutes les couleurs. La visite nous impressionne moins que notre festival matinal mais reserve malgre tout de belles decouvertes. Les statues criblees de ghee (boules de beurre clarifie) lance pour apaiser leur colere. Dans l'ombre des longs couloirs, Elephant ou vache sacree, maquilles, permettent une enieme pooja (benediction par la trompe de l elephant, voir album). Les celebrations de la nuit pleines de musique, de rites ...
En revanche on aime moins le cote "marchands du temple" inondant l enceinte meme du lieu. Lourdes fait figure de debutante et d ailleurs la religion catholique souvent critiquee pour ses traditions strictes, son mercantilisme ou ses soit-disant nombreux rites ... laissez-nous rigoler ! L hindouisme est fascinant et mysterieux, truffee de rites sacres. C est une religion en prise directe avec la vie quotidienne. Les pelerins affluent de toute part.
C est lors de sa longue "marche du sel" que Gandhi passa a Madurai en 1930. Un musee, un peu poussiereux lui est consacre. Le personnage interesse beaucoup les enfants et c'est une bonne occasion de refaire le point sur l'histoire de la colonisation anglaise, de la lutte pour l'independance et de la determination du Mahatma.
"Either I shall return with what I want or else my body will float on the ocean"
On realise ici que tous les pays que nous avons traverses furent des pays colonises. Emile n'en finit pas de se demander pourquoi l'homme blanc a tant d'influence sur le monde. Pourquoi impose-t-il partout sa facon de vivre a l'homme de couleur ?. Dans de toutes petites choses comme le Yoga, la medecine ancestrale de l'Asie, les massages etc... on voit, on sent, que tous ces peuples ont beaucoup a nous apprendre alors qu a l'inverse on ne fait que leur vendre notre soit disant modernite a coup de pub pour la junk-food ou autre mefaits de la societe de consommation. On s'inspire peu des bienfaits orientaux, ce n'est pas un scoop mais un constat amer.
Les enfants vous livrent ce texte traduit d un poeme africain qui les a beaucoup touche.
Cher frère blanc,
Quand je suis né, j'étais noir,
Quand j'ai grandi, j'étais noir,
Quand je vais au soleil, je suis noir,
Quand j'ai peur, je suis noir
Quand je suis malade, je suis noir...
Quand je mourrai, je serai noir...
Tandis que toi, homme blanc...
Quand tu es né tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge
Quand tu as froid, tu es bleu
Quand tu as peur, tu es vert
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris...
Alors de nous deux, qui est l Homme de couleur ?"
06 juin 2006
INDE, j'aime Varkala et ses falaises
Nous sommes au sud-ouest, a Varkala.
Alors la, on est vraiment hors saison. A peine arrive sur la falaise qui surplombe l'ocean (en fait la mer arabe appelee plus communement mer d 'Oman), on decouvre la faune locale trop heureuse de voir arriver des etrangers en pleine mousson ; c'est a peine si on nous pousse a l'interieur des maisons pour nous y inviter et nous proposer toutes sortes de pieces de vie, de la chambre sans fenetre et sans vue sur la mer a la cabane super loin de la plage. On hesite, on cherche, on se dit que l'on est venu pour la vue et le coucher de soleil (encore un !!) sur la mer bref on ne trouve pas notre bonheur malgre les multiples propositions et ... on craque pour le plus pres de la plage et le plus pratique pour la bouffe. C'est vrai que l'on aurait pu choisir avec plus de charme mais il n y a pas plethore de guest house et de pensions auxquelles nous nous sommes habituees. Alors pas de logement chez l'habitant cette fois !!!
Varkala a du etre un havre de paix et de beaute mais comme tous les coins preserves, cette petite ville ne l est plus vraiment. Des constructions encore a l etat de beton et de fer voient le jour le long de la cote nord de la ville malgre les palmiers et les cailloux qui la bordent et elles ne seront bientot plus cachees, revelees par des arbres qui pourraient etre abattus. Cette anarchie de construction sur une falaise qui s effrite me laisse perplexe d'autant plus que les gargottes a backpackers auraient envie si c'etait possible de s installer au dessus du vide de la falaise pour etre le premier a gagner encore plus de clients. Je ne parle pas de l eternelle lenteur locale du service reconnue par tous et qui laisserait penser qu'il n y a plus qu un seul cuisinier dans la ville qui court de resto en resto !! Bref, on se demande quand ce gachis s' arretera !!!
Heureusement, le point positif reste la gentillesse locale et le fait d etre hors saison. Le soir, la plage est remplie par la population locale habillee de mille couleurs qui vient voir le coucher de soleil et se tremper en pantalon ou en sari dans l'eau.
On fait un peu genre intrus en maillot de bain,on hesite, Bea tranche en optant pour un maillot une piece, mais c 'est aussi une occasion pour eux de voir des gamins blonds se baigner dans les grosses vagues et ca c'est un spectacle qui semble bien faire rire tout le monde specialement quand on ressort le maillot rempli de sable.
Echange de jeu entre nous:frisbee contre partie de foot.Au frisbee, les francais sont plus forts , au foot c'est mitige !! En fait, il y a beaucoup plus de monde sur la plage que dans l'eau car la mer est tres dangereuse et le debut de la mousson ne fait qu empirer l'etat des vagues et leur force.
De nombreuses bahines et de tres forts courants nous obligent a rester tres au bord du sable et deux personnes charmantes habillees de bleu et qui font office de garde, maitre policier,gendarme de la mer et aboyeur siffleur, patrouillent toute la journee le long de la plage en interdisant la baignade ...sauf aux touristes qui d apres eux risquent moins que les locaux qui se font expulser manu militari par cette charmante maree-chaussee. Acte de segregation qui nous fait quittter un soir la plage avec les filles en solidarite avec les indiens. "Non mais alors" comme dit Faustine !!!
Le plus drole etant que ces policiers siffleurs semblent a priori ne pas avoir de materiel de secours, sans maillot et surtout pas pret a plonger au secours du pelerin. Peut etre ne savent ils pas nager ? Cela ne nous empechera cependant pas de nous offrir des bonnes parties de vagues et de roulis.
Tout cela sous un soleil radieux car la mousson semble avoir fait une pause serieuse sur son activite, nous offrant 4 jours de bonheur et une chaleur tout a fait estivale et agreable. Les indiens eux memes sont surpris et se precipitent des qu'ils le peuvent sur la plage pour y pratiquer des sports acrobatiques et ...le matage des femmes
(sport national masculin indien). Les rapaces et les corbeaux sont de la fete alors que ... surprise , aucune mouette n est en vue sur la cote. Par contre, on arrive a capter de temps en temps un banc de dauphins qui s amusent dans la baie : un beau spectacle que les enfants apprecient a la jumelle.
Notre journee commence comme depuis quelques jours par une traditionelle seance de yoga puis le petit dejeuner.Il ne faut pas perdre les bonnes habitudes.
Et le soir vient, avec un poisson frais grille que l on deguste les pieds dans l eau sur la plage. Rien que du bonheur. La vente d alcool etant prohibee (religion oblige), on nous propose une biere appelee "special tea" servie dans une theiere !!! Surprenant la premiere fois. Emile se prend de passion pour le billard indien qu il partage avec les serveurs. Il va falloir en ramener un en France (je parle du jeu !!). Clin d oeil au katakhali.
On profite aussi d une incursion dans le temple local pour rencontrer de magnifiques indiens qui ont un peu de mal a nous expliquer l histoire du temple, c est jour de ceremonie et les explications seront pour plus
La plage nous offre une puja (benediction par un fidele) et je m y attelle avec l espoir de rencontrer mes
ancetres !!!
Je termine la seance en me dirigerant vers la mer , dos a elle j envoie toutes mes offrandes benies dans l eau. A force de prieres et de concentration autour de riz, de multiples aspersions d eau, je crois entendre quelques voix mais ce n est que celle de mon initiateur qui reclame son du ! Money, money ! Emile, peu porte sur les croyances crie a l arnaque alors qu autour de nous on peut constater que beaucoup d hindous pratiquent cette benediction, tradition encore bien ancree dans leur culture.
05 juin 2006
INDE, et vogue le navire ...
Entre deux averses dignes de la mousson, on se demande s'il est raisonnable de partir sur les canaux en periode de possible inondation, d'autant plus que les pluies redoublent depuis plusieurs jours et les rues de Kochi quand elles ne sont pas remplies d'eau, sont bouchees par des arbres centenaires qui se sont ecroules face aux assauts du vent et de l'eau.
Quelques heures avant de quitter Fort Cochin, la mousson nous offre un beau spectacle a travers la ville et les enfants se font un plaisir de patauger et s'arroser a tout va au milieu de la rue. Le fort coup de vent associe a la mousson provoquera de gros degats dans tout le Kerala.
Avant de quitter la ville, on se libere de quelques kilos en envoyant un dernier colis en France. On savait qu en France on pouvait se faire tailler un costard en tombant sur un receveur reveche (pleonasme) ce que l on ignorait, c est qu en Inde, il fallait passer chez le tailleur pour envoyer un colis. Celui-ci te confectionne un joli emballage en tissu blanc reglementaire, il fait une couture machine, fourre ton paquet dans le sac, puis ferme l ouverture de ce sac a la main. Il te fait remplir les formulaires de douane qu il coud et fignole le tout au cachet de cire. Du grand art ! Un peu long mais efficace. Tous les tailleurs te proposent ce service pour environ 100 roupies (2 euros) avec le sourire. Vive le service plus !
Un dernier au revoir a la super famille indienne de Usha (homestay Taj Mahal)
On rejoint Allapey en taxi, ce qui nous donne une nouvelle fois l occasion de fremir sur la route. Officiellement on conduit a gauche en Inde.. officiellement, car en fait, le chauffeur conduit un peu n importe ou... la ou il peut. Il est impensable qu il reste 5 minutes derriere un vehicule... donc il double. N importe quand... et ca passe, ca klaxonne beaucoup et autant vous dire qu il vaut mieux n etre ni pietons ni cyclomotoriste car c est le plus fort, le plus gros qui a le dernier mot. Nous, on s habitue meme si parfois encore on pousse des cris de terreur que le chauffeur ne s explique pas !
Enfin on arrive a Allapey (Alappuzha). On trouve un house-boat pour le lendemain. Il tombe des cordes et on se demande comment va se passer cette nuit sur un bateau en bambou.
Et c est la que l on se dit qu une bonne etoile nous suit, a moins que ce soient toutes les offrandes a Vishnou, Shiva,Brhama, Boudha ... les prieres de Faustine ou un karma magnifique ( c'est vrai que l on a diversifie les dieux cette annee) mais nous allons avoir le bonheur de faire cette croisiere sans une goutte de pluie et sous un soleil radieux. Completement incomprehensible en cette periode de mousson. On rallonge donc d une nuit et passons des journees a contempler au fil de l eau, cette nature tant vantee dans les livres sur le Kerala.
On se laisse porter, observant les scenes de vie de ces villages coinces sur 4 metres de terre entre canal et riziere. C est fou de voir ces gens vivre les pieds dans l eau,une grande partie de l'annee sur un espace aussi reduit. Ici, c est une femme qui bat son linge, la-bas un homme se savonne. Plus loin une famille dans cette maisonnette enfumee. La vie se deroule tranquillement au rythme des villages qui defilent. Pendant ce temps les enfants jouent, s accrochent au bateau pour se rafraichir oubliant un moment les serpents d eau apercus peu avant.
Emile s est mis serieusement a l harmonica, il se debrouille bien. Madeleine s y essaie aussi. Ca fait 9 mois que j ai l instrument dans mes bagages ... bon, je crois que c est un peu tard pour moi, je n ai pas reussi a y consacrer le temps necessaire mais depuis la fin des cours du Cned je l ai ressorti et la ... c est l engouement.
La premiere nuit sur le bateau n est pas idyllique. Moustiquaire trop petite, les enfants nous reveillent devores par les moustiques. Remy se bat avec tous ces insectes, un vrai carnage, resultats Remy et moi sommes bien reveilles, impossible de nous rendormir. Faustine et Remy se font un reveil tonic avec un bain dans le canal. Nous on la joue ptit bras et on prefere rester sur le pont a manger nos lentilles (encore des lentilles, on va finir par ne plus aimer ca !)
Le cuisinier fort sympathique nous mitonne des petits plats indiens que nous n'avions jamais goute:riz et chicken masala pour la enieme fois !!!.On commence a douter des differentes possibilites a venir pour les prochains jours sur le bateau.
On se rattrape la deuxieme nuit malgre tous les rats (de campagne, mais bien costauds) rencontres lors de notre accostage pour la nuit. Ca grimpe partout dans les cocotiers, ca gratte sur le toit... un bonheur, surtout pour moi qui affectionne particulierement les rongeurs ! Nous terminons ce petit voyage sur les eaux keralaises sous quelques gouttes... c est ce qui s appelle avoir du bol.

